Service douanier en Haïti : des conteneurs sont vendus aux enchères mais hors normes

La vente aux enchères de conteneurs et de marchandises abandonnées par le service douanier haïtien met en lumière les profondes difficultés qui affectent le fonctionnement des douanes en Haïti. Derrière ces opérations, prévues par la réglementation douanière pour les marchandises qui ne sont pas retirées dans les délais légaux, se dessine une réalité plus préoccupante : des importateurs confrontés à des procédures complexes, à des coûts élevés, à l’insécurité et à des délais de dédouanement qui peuvent transformer une cargaison commerciale en une lourde charge financière. Le Code des douanes prévoit effectivement la possibilité de vendre aux enchères les marchandises considérées comme abandonnées, tandis que le produit de ces ventes doit notamment servir au règlement des frais engagés et des droits et taxes dus.

Pour de nombreux opérateurs économiques, le passage par la douane représente ainsi bien plus que le simple paiement des droits et taxes. Les frais de stockage, de manutention, de transport, de stationnement et les coûts liés aux retards peuvent rapidement alourdir la facture finale. Une étude de la Banque mondiale consacrée à l’administration douanière haïtienne souligne notamment que les coûts des conteneurs ont augmenté en raison de l’allongement probable des temps de séjour, lui-même lié aux difficultés de dédouanement dans un contexte marqué par l’insécurité. La crise sécuritaire a également perturbé le fonctionnement des infrastructures portuaires et la circulation des marchandises, faisant du temps un facteur déterminant dans le coût des importations.
Cette situation intervient alors même que les douanes constituent l’une des principales sources de recettes de l’État haïtien.

Selon les données communiquées par l’Administration générale des douanes (AGD) en janvier 2026, les recettes douanières ont atteint environ 11,24 milliards de gourdes en octobre 2025, 10,58 milliards en novembre et 13,26 milliards en décembre, soit plus de 35 milliards de gourdes en seulement trois mois de l’exercice fiscal 2025-2026. L’AGD affirme par ailleurs employer environ 2 150 agents, dont une partie travaille dans des conditions particulièrement difficiles. En raison de la prise de contrôle du secteur portuaire par les gangs, la direction générale a notamment été déplacée vers l’aéroport, tandis que les agents affectés au port sont amenés à alterner entre différents sites.

À cette crise institutionnelle s’ajoute le problème de la contrebande, qui prive l’État de recettes et crée une concurrence déloyale pour les entreprises qui respectent les procédures fiscales. Les marchandises qui entrent clandestinement sur le territoire échappent, par définition, au contrôle et à la taxation régulière.

Des travaux récents sur Haïti soulignent également l’existence de vulnérabilités liées au trafic et à l’influence exercée sur les mécanismes douaniers. Le rapport BTI 2026 relève notamment que des agents des douanes et certains acteurs économiques ont été impliqués dans des pratiques de contrebande et de trafic d’influence, tout en soulignant que les recettes publiques ont historiquement souffert de la capacité de certains acteurs puissants du secteur privé à contourner leurs obligations fiscales.

La question de la mainmise de certains intérêts privés sur le système douanier mérite donc une attention particulière. Il ne s’agit pas de mettre l’ensemble du secteur des affaires dans le même sac, mais de constater que plusieurs analyses de la gouvernance économique haïtienne décrivent depuis longtemps un rapport de force déséquilibré entre l’État et certains groupes disposant de moyens financiers et d’influence considérables.

Lorsque des entreprises puissantes peuvent négocier, contourner ou retarder l’application de certaines obligations fiscales, alors que les petits importateurs supportent plus difficilement les coûts et les procédures, la douane cesse progressivement d’être perçue comme un instrument équitable de régulation du commerce.

Le problème est d’autant plus sérieux que l’insécurité renforce les coûts à chaque étape de la chaîne logistique. Les ports, les routes et les points de passage commerciaux sont exposés aux attaques, aux blocages et aux extorsions. Dans certaines zones frontalières, des enquêtes ont documenté des réseaux de contrebande et des failles dans les contrôles des cargaisons.

L’affaire de Belladère, notamment, a illustré les risques liés au trafic transfrontalier et aux insuffisances du contrôle douanier. Parallèlement, la crise portuaire de Port-au-Prince a déjà provoqué le pillage de conteneurs et l’interruption d’activités portuaires, aggravant encore la vulnérabilité du commerce légal.

VariétéstarsNewsAgency

Sources principales Administration générale des douanes,
Analyse publiée par l’Organisation mondiale des douanes·
Ministère de l’Économie et des Finances
Données budgétaires⁠.
Banque mondiale étude sur le renforcement de l’administration douanière en Haïti⁠ FMI,
diagnostic de gouvernance d’Haïti⁠

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