Au-delà du Ressentiment et du Panier de Crabes: il a fallu un Cristiano Ronaldo en soleil de fierté pour élever Messi au rang de demi-dieu

Il existe une aristocratie de l’esprit que les comptables de la médiocrité ne pourront jamais saisir. C’est celle des bâtisseurs, des créateurs, des esprits supérieurs qui comprennent que la grandeur de l’autre ne diminue en rien la leur. Il a fallu un Cristiano Ronaldo, dressé en soleil de fierté, pour que le monde puisse aujourd’hui vénérer Lionel Messi au rang de demi-dieu. En refusant le piège de l’envie, CR7 n’a pas cherché à régner seul dans une jungle peuplée de pygmées. Il savait que pour entrer de plain-pied dans la légende, il fallait que son rival soit à son apogée.

Ce n’est pas un hasard si, au plus fort de l’adversité en 2016, c’est lui qui s’est élevé pour encourager Messi à revenir sur sa décision d’abandonner la sélection argentine après un énième échec en Copa América. Là où un esprit mesquin aurait célébré les larmes de son concurrent pour écraser seul les petits, Ronaldo a agi en moteur de grande vitesse. Comme le soulignait Friedrich Nietzsche, l’homme de la force active dit un « oui » inconditionnel à la vie : il tire sa valeur de son propre accomplissement, pas de la déchéance d’autrui. La lumière n’est pas une ressource rationnée, et briller à côté d’un autre soleil ne fait qu’illuminer le siècle.
Certes, les lois mécaniques de l’existence font que, parfois, le malheur des uns tisse de manière opportuniste le bonheur des autres.

Mais s’appuyer sur cette formule aveugle pour justifier sa propre existence est une faillite de l’intelligence. C’est oublier la terrifiante leçon du pasteur allemand Martin Niemöller : « Quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif… et quand ils sont venus me chercher, il ne restait personne pour protester. » Se réjouir du malheur d’un autre parce qu’il nous épargne temporairement est le calcul des lâches. Car l’adversité est une roue qui tourne. « Pa ri nan malè m », nous chante si justement Bélo : lorsque tu pointes un index moqueur ou accusateur sur la chute d’un frère, rappelle-toi que ton propre poing cache quatre autres doigts repliés, pointés directement vers toi.

C’est pourquoi il faut être d’une prudence absolue au carrefour du triomphe. C’est précisément au moment du bonheur, là où l’ego s’enivre de sa propre gloire, que l’on est le plus vulnérable. C’est à cette intersection dorée que l’on signe inconsciemment les accords de nos futurs cauchemars, en méprisant ceux qui rampent encore.

Ceux qui s’enferment dans la logique réactive du ressentiment souffrent d’un ego si structurellement fragile qu’ils ont besoin du malheur des autres pour anesthésier le leur. Ils sont comme le méchant de Megamind : incapables d’exister sans tenter de détruire leur opposé, pour finalement s’effondrer dans la dépression d’avoir éteint la seule rivalité qui donnait du sens à leur vie.
Il est temps d’opérer une véritable révolution psychologique et de briser cette grille de lecture comparative.

La vie n’est pas une somme linéaire de souffrances immuables, et le malheur des autres n’est pas un baume pour nos propres plaies. Même au milieu de la nuit la plus dense, lorsque l’eau manque et que l’obscurité pèse, le « Weeeee » collectif qui éclate instantanément au retour de la lumière prouve que notre capacité de joie reste intacte, tapie dans l’ombre, prête à jaillir. Saluer la réussite d’autrui, c’est entretenir l’espoir et la certitude que notre tour est proche.

Faisons l’effort de rouler à grande vitesse sur la piste de nos propres talents. Cessons de vouloir creuser l’œil du voisin au prix de notre propre vue, et travaillons plutôt à enflammer notre propre mèche. Le monde n’a pas besoin de spectateurs de la défaite, il a besoin de soleils lucides.

Texte : ROBERTO DEJEAN AKA BWA PIWO
Email : varietestarsnewsagency022@gmail.com

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