Prolongation du mandat de la FRG : à quoi sert la Force si la sécurité des Haïtiens reste hors de portée ?

Le Conseil de sécurité des Nations unies a décidé, mardi 29 septembre 2026, de prolonger de six mois le mandat de la Force de répression des gangs (FRG) en Haïti, jusqu’au 31 mars 2027. La résolution a recueilli 12 voix favorables, tandis que la Chine, la Russie et le Pakistan se sont abstenus. Cette nouvelle prolongation intervient dans un contexte où les groupes armés continuent d’étendre leur influence et où de nombreuses communautés haïtiennes restent exposées à des attaques meurtrières.

La décision du Conseil de sécurité relance ainsi les interrogations sur la capacité réelle de la FRG à contribuer au rétablissement de la sécurité. Sur un effectif prévu de 5 500 personnels en uniforme, environ 1 500 seraient actuellement déployés, selon l’ambassadeur américain auprès de l’ONU, Mike Waltz. Les États-Unis affirment que la Force commence à enregistrer des résultats, notamment en rouvrant certains axes routiers, en sécurisant des quartiers et en s’attaquant à des points de racket. Mais l’ampleur de l’insécurité continue de mettre à l’épreuve cette stratégie internationale.

Dans l’Artibonite, la situation illustre particulièrement cette fragilité. À Gros-Morne, des hommes armés ont récemment mené des attaques meurtrières contre des civils. Des informations locales font état d’au moins une dizaine de morts. Les médias rapportent également qu’au moins 11 civils ont été tués lors d’une attaque présentée par les autorités locales comme une représaille après une opération de la FRG contre des membres de gangs. Ces violences surviennent alors que l’Artibonite connaît une forte progression des déplacements forcés liés à l’expansion des groupes armés.

Le problème dépasse désormais largement la région métropolitaine de Port-au-Prince. Près de 1,5 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, selon des données de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) rapportées le 25 septembre 2026. Environ 80 % d’entre elles se trouvent désormais en dehors de la capitale, tandis que l’Artibonite a enregistré la plus forte augmentation récente des déplacements. Cette évolution montre à quel point la crise sécuritaire s’étend vers des zones qui servaient auparavant de refuge aux populations fuyant les violences de la région métropolitaine.

À cette crise sécuritaire s’ajoute un contexte politique particulièrement délicat. La prolongation du mandat de la FRG est notamment présentée comme nécessaire pour créer les conditions sécuritaires permettant la tenue des élections prévues le 13 décembre 2026. Le Conseil de sécurité insiste également sur la nécessité de lutter contre le trafic illicite d’armes, la corruption et les autres facteurs structurels qui alimentent l’instabilité. De son côté, l’OEA estime que le renouvellement du mandat ne pourra produire de résultats sans effectifs suffisants, financement, équipements et soutien logistique durable.

La prolongation du mandat pose donc une question centrale : quels résultats concrets la population haïtienne doit-elle attendre de ces six mois supplémentaires de présence de la FRG ?

Le mandat de la Force prévoit notamment de réduire le contrôle territorial exercé par les gangs, de sécuriser les infrastructures essentielles et de renforcer la capacité des autorités haïtiennes à contenir la violence.

Dans un pays où les massacres, les déplacements forcés, les enlèvements et l’expansion territoriale des groupes armés persistent, l’évaluation de cette nouvelle période de mandat devra reposer sur des résultats mesurables sur le terrain : la protection effective des civils, la réouverture durable des axes stratégiques et la capacité de l’État haïtien à reprendre et à maintenir son contrôle sur les zones aujourd’hui dominées par les groupes armés.

Texte : Laurore Michel
Email : michelaurore90@gmail.com

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