Les vidéos de « prank » connaissent un succès grandissant sur TikTok en Haïti. Chaque jour, des créateurs de contenu rivalisent d’imagination pour attirer des millions de vues, de mentions « J’aime » et de nouveaux abonnés. Si certains canulars amusent le public et contribuent au divertissement, d’autres franchissent les limites de la prudence en mettant en danger la vie des personnes piégées comme celle de leurs auteurs. Cette quête de visibilité soulève aujourd’hui de nombreuses interrogations sur la responsabilité des créateurs de contenu.
Parmi les mises en scène les plus populaires figurent celles où des Tiktokeurs se déguisent en zombies afin de surgir devant des chauffeurs de taxi-moto ou des automobilistes. D’autres prétendent être des personnes en situation d’handicap avant de se relever soudainement pour surprendre les passants. Ces vidéos provoquent souvent des réactions spectaculaires, allant de la peur aux fous rires. Leur caractère inattendu explique en grande partie leur popularité sur les réseaux sociaux.
Ces contenus présentent néanmoins quelques aspects positifs. Ils permettent à certains jeunes de développer leur créativité, leurs talents de mise en scène et de montage vidéo. Pour plusieurs créateurs, les réseaux sociaux deviennent également une source de revenus grâce à la monétisation, aux partenariats publicitaires et à la notoriété acquise.
Lorsqu’ils sont réalisés dans un cadre sécurisé et avec le consentement des participants, les pranks peuvent constituer une forme de divertissement sans conséquences graves. Cependant, les dérives sont de plus en plus préoccupantes. Un chauffeur effrayé par un faux zombie peut perdre le contrôle de son véhicule et provoquer un accident mortel. Une personne cardiaque peut être victime d’un malaise face à une scène de terreur.
Les faux handicaps peuvent également être perçus comme une moquerie envers les personnes vivant réellement avec un handicap, alimentant ainsi les préjugés et le manque de respect envers cette catégorie de citoyens.
Au-delà des risques physiques, ces pratiques peuvent aussi avoir des conséquences juridiques. Une personne surprise peut réagir par instinct de défense, blesser l’auteur du prank ou engager des poursuites pour mise en danger d’autrui. Dans un contexte sécuritaire déjà fragile en Haïti, où la population vit sous une forte pression psychologique, multiplier les mises en scène effrayantes dans les espaces publics peut accentuer la peur et provoquer des réactions imprévisibles.
Le succès sur les réseaux sociaux ne devrait jamais se construire au détriment de la sécurité humaine. Les créateurs de contenu ont la responsabilité de produire des vidéos originales tout en respectant la dignité et l’intégrité des autres. Les internautes, de leur côté, gagneraient à encourager des contenus créatifs, éducatifs ou humoristiques qui ne mettent personne en danger. Car une simple plaisanterie peut, en quelques secondes, se transformer en véritable drame.
Texte : Laurore Michel
Email : michelaurore90@gmail.com


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