La menace du kidnapping reste préoccupante dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, malgré le renforcement de la surveillance policière dans plusieurs secteurs considérés comme sensibles. Les déplacements de la population demeurent marqués par la peur, alors que les groupes armés continuent de représenter une menace pour les habitants, les commerçants et les professionnels. Cette situation intervient dans un contexte où les autorités haïtiennes, avec l’appui des forces internationales, tentent de reprendre du terrain face aux gangs. Selon des données récentes rapportées par l’Associated Press, les violences liées aux gangs ont fait plus de 2 300 morts et 1 100 blessés depuis le début de l’année, tandis que près de 1,5 million de personnes ont été déplacées.
Dans les quartiers où la circulation reste possible, la présence des forces de l’ordre se veut donc plus visible. Les autorités cherchent notamment à prévenir les enlèvements ciblés et à sécuriser les principaux axes de déplacement. Mais la persistance des actes criminels rappelle les limites auxquelles sont confrontées la Police nationale d’Haïti (PNH) et les Forces armées d’Haïti (FAd’H). Le kidnapping d’un haut responsable gouvernemental et policier à Port-au-Prince en juin dernier avait déjà illustré le niveau de vulnérabilité des institutions face aux groupes armés.
À cette crise sécuritaire s’ajoute désormais une controverse autour du possible retour en Haïti de centaines de milliers de ressortissants vivant aux États-Unis. Environ 350 000 Haïtiens sont concernés par la fin du statut de protection temporaire (TPS), une décision qui fait l’objet de nombreuses critiques aux États-Unis. La Cour suprême américaine a ouvert la voie à la fin de cette protection, faisant craindre des expulsions vers un pays toujours confronté à une grave crise sécuritaire et humanitaire.
C’est dans ce contexte que le représentant américain Brian Mast, président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, a avancé une proposition particulièrement controversée : certains Haïtiens susceptibles d’être expulsés pourraient, selon lui, contribuer au renforcement des institutions sécuritaires haïtiennes, notamment la PNH et les FAd’H. Cette déclaration intervient après une visite d’une délégation parlementaire américaine en Haïti, conduite par Mast, qui a rencontré des responsables gouvernementaux, la direction de la PNH et des représentants des FAd’H. La délégation avait notamment visité la base militaire de Vertières et observé la formation de nouvelles recrues.
L’idée soulève toutefois d’importantes questions sur les critères de sélection, la formation, le contrôle des antécédents et surtout la distinction entre les personnes expulsées pour des raisons migratoires et celles ayant éventuellement des compétences utiles aux forces de sécurité. Les quelque 350 000 Haïtiens concernés par le TPS ne constituent pas un groupe homogène : beaucoup travaillent, étudient et vivent depuis plusieurs années aux États-Unis. Des élus et organisations américaines ont d’ailleurs plaidé pour le maintien de leur protection, soulignant leur contribution à l’économie américaine et les risques liés à un retour en Haïti dans les conditions actuelles.
Alors que le débat migratoire s’intensifie à Washington, la priorité reste, pour les autorités haïtiennes, de renforcer durablement les capacités nationales de sécurité. La PNH et les FAd’H font face à un déficit de personnel, d’équipements, de formation et de moyens opérationnels, tandis que la nouvelle force internationale chargée de soutenir la lutte contre les gangs poursuit son déploiement. Dans ce contexte, toute stratégie de réintégration de personnes revenant de l’étranger devrait être encadrée par des procédures rigoureuses de vérification, de formation et d’intégration. Car derrière le débat sur les expulsions se pose une question centrale pour Haïti : comment transformer une crise migratoire annoncée en une opportunité réelle de renforcement de l’État, sans compromettre la sécurité ni les droits des personnes concernées ?
Texte : Laurore Michel
Email : michelaurore90@gmail.com

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