Depuis le 7 février, date symbolique de la fin d’un cycle constitutionnel en Haïti, la Constitution semble avoir perdu de sa centralité dans la conduite des affaires publiques et dans les relations du pays avec la communauté internationale. Jadis présentée comme la boussole de la transition démocratique, elle paraît aujourd’hui reléguée au second plan, alors que les décisions politiques majeures s’inscrivent dans des arrangements exceptionnels, souvent dictés par l’urgence sécuritaire et la pression extérieure.
La banalisation du texte fondamental s’est accentuée après l’assassinat de Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021. Le vide institutionnel provoqué par ce drame a ouvert une séquence d’instabilité inédite. Les mécanismes prévus par la Constitution pour assurer la continuité de l’État n’ont pas été pleinement appliqués, laissant place à des interprétations concurrentes et à des compromis politiques négociés en dehors du strict cadre constitutionnel.
Première transition : l’ère Ariel Henry. Arrivé au pouvoir dans un contexte de crise aiguë, son gouvernement a fonctionné sans Parlement opérationnel et sans élections. Si la communauté internationale a reconnu son autorité de facto, de nombreux observateurs ont dénoncé une gouvernance s’éloignant des prescrits constitutionnels. La Constitution, sans être formellement abrogée, est alors apparue comme suspendue dans son application, en attendant un hypothétique retour à l’ordre institutionnel.
Deuxième transition : l’installation du Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Présenté comme une solution de sortie de crise, cet organe collégial ne figure pas dans l’architecture constitutionnelle classique. Là encore, la communauté internationale a accompagné le processus, privilégiant la stabilité immédiate à la stricte orthodoxie juridique. Cette reconnaissance pragmatique a renforcé l’idée que la Constitution était maintenue en veilleuse, adaptable aux circonstances plutôt qu’intangible.
Troisième étape : l’arrivée annoncée d’Alix Didier Fils-Aimé comme figure centrale du pouvoir exécutif. Dans ce contexte, la question constitutionnelle demeure entière. Les transitions successives, sans validation populaire par les urnes, nourrissent un sentiment de rupture prolongée avec la légalité constitutionnelle. Pourtant, les constitutionalistes, traditionnellement prompts à défendre la suprématie du texte fondamental, se montrent étonnamment discrets. Peu de voix s’élèvent publiquement pour exiger un strict retour à l’ordre constitutionnel.
Entre temps, le pays sombre dans un chaos sécuritaire et institutionnel grandissant. L’absence d’élections, la paralysie des contre-pouvoirs et la dépendance accrue vis-à-vis des partenaires étrangers interrogent la souveraineté nationale. La Constitution haïtienne, censée incarner le contrat social, survit juridiquement mais semble politiquement marginalisée.
Tant qu’un consensus national fort ne replacera le texte au cœur du jeu institutionnel, elle risque de demeurer en suspension, témoin silencieux d’une crise qui redéfinit en profondeur les rapports entre Haïti et la communauté internationale.
publiques et dans les relations du pays avec la communauté internationale. Jadis présentée comme la boussole de la transition démocratique, elle paraît aujourd’hui reléguée au second plan, alors que les décisions politiques majeures s’inscrivent dans des arrangements exceptionnels, souvent dictés par l’urgence sécuritaire et la pression extérieure._
La banalisation du texte fondamental s’est accentuée après l’assassinat de Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021. Le vide institutionnel provoqué par ce drame a ouvert une séquence d’instabilité inédite. Les mécanismes prévus par la Constitution pour assurer la continuité de l’État n’ont pas été pleinement appliqués, laissant place à des interprétations concurrentes et à des compromis politiques négociés en dehors du strict cadre constitutionnel.
Première transition : l’ère Ariel Henry. Arrivé au pouvoir dans un contexte de crise aiguë, son gouvernement a fonctionné sans Parlement opérationnel et sans élections. Si la communauté internationale a reconnu son autorité de facto, de nombreux observateurs ont dénoncé une gouvernance s’éloignant des prescrits constitutionnels. La Constitution, sans être formellement abrogée, est alors apparue comme suspendue dans son application, en attendant un hypothétique retour à l’ordre institutionnel.
Deuxième transition : l’installation du Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Présenté comme une solution de sortie de crise, cet organe collégial ne figure pas dans l’architecture constitutionnelle classique. Là encore, la communauté internationale a accompagné le processus, privilégiant la stabilité immédiate à la stricte orthodoxie juridique. Cette reconnaissance pragmatique a renforcé l’idée que la Constitution était maintenue en veilleuse, adaptable aux circonstances plutôt qu’intangible.
Troisième étape : l’arrivée annoncée d’Alix Didier Fils-Aimé comme figure centrale du pouvoir exécutif. Dans ce contexte, la question constitutionnelle demeure entière. Les transitions successives, sans validation populaire par les urnes, nourrissent un sentiment de rupture prolongée avec la légalité constitutionnelle. Pourtant, les constitutionalistes, traditionnellement prompts à défendre la suprématie du texte fondamental, se montrent étonnamment discrets. Peu de voix s’élèvent publiquement pour exiger un strict retour à l’ordre constitutionnel.
Entre temps, le pays sombre dans un chaos sécuritaire et institutionnel grandissant. L’absence d’élections, la paralysie des contre-pouvoirs et la dépendance accrue vis-à-vis des partenaires étrangers interrogent la souveraineté nationale. La Constitution haïtienne, censée incarner le contrat social, survit juridiquement mais semble politiquement marginalisée.
Tant qu’un consensus national fort ne replacera le texte au cœur du jeu institutionnel, elle risque de demeurer en suspens, témoin silencieux d’une crise qui redéfinit en profondeur les rapports entre Haïti et la communauté internationale.
Texte : Laurore Michel
Email : michelaurore90@gmail.com
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