Le 2 octobre 1937, la frontière haïtiano-dominicaine bascule dans l’une des pages les plus tragiques de l’histoire contemporaine d’Haïti. Sur ordre du dictateur dominicain Rafael Leónidas Trujillo, l’armée dominicaine lance une campagne de persécution et d’extermination visant principalement des Haïtiens et des Dominicains d’origine haïtienne vivant dans les zones frontalières. Les massacres, qui se poursuivent pendant plusieurs jours, notamment entre le 2 et le 8 octobre, feront selon les estimations historiques entre 20 000 et 25 000 victimes.

Les témoignages des survivants donnent une dimension particulièrement humaine à cette tragédie. Des familles entières sont pourchassées, des hommes, des femmes et des enfants sont tués, souvent à coups de machette. Pour identifier les personnes considérées comme haïtiennes, les soldats auraient notamment demandé à des victimes présumées de prononcer certains mots espagnols, dont « perejil », le persil. Les témoignages recueillis auprès des réfugiés en 1937 et, plus tard, auprès de survivants, décrivent une violence organisée, accompagnée de déplacements forcés et de spoliations.
Face à l’ampleur des atrocités, la réaction initiale du gouvernement haïtien de Sténio Vincent apparaît comme l’un des aspects les plus controversés du dossier. Des sources historiques rapportent que Vincent aurait d’abord cherché à éviter une confrontation avec Trujillo et que son gouvernement avait minimisé publiquement la gravité des événements. Le 15 octobre 1937, Haïti et la République dominicaine signent même un accord évoquant des « incidents » à la frontière et appelant à éviter les commentaires jugés susceptibles de nuire aux relations entre les deux pays.
Cette attitude s’expliquait notamment par le contexte diplomatique et militaire de l’époque. La République dominicaine disposait d’une force armée plus importante, tandis que le gouvernement Vincent cherchait à éviter une guerre avec son voisin. Mais cette prudence diplomatique provoqua une forte indignation en Haïti. Sous la pression de l’opinion publique et après la multiplication des témoignages de rescapés, le gouvernement haïtien finit par réclamer une enquête internationale et une médiation. Des documents diplomatiques américains montrent qu’en novembre 1937, Vincent sollicita notamment les bons offices des États-Unis, de Cuba et du Mexique.
La communauté internationale, elle aussi, tarda à transformer son indignation en véritable action. Les États-Unis, Cuba et le Mexique intervinrent diplomatiquement à la fin de 1937, constatant que des Haïtiens avaient été tués et que le différend avait pris une dimension internationale. Toutefois, les négociations restèrent difficiles. Les archives diplomatiques américaines indiquent que les trois gouvernements estimèrent que les incidents menaçaient désormais la paix dans les Amériques et encouragèrent le recours aux mécanismes interaméricains de règlement des différends.
Près de neuf décennies plus tard, le massacre de 1937, souvent appelé massacre
du Persil,demeure ainsi un symbole des dangers qui apparaissent lorsque la frontière cesse d’être un espace de coexistence pour devenir un instrument de persécution. Les récits des survivants rappellent que derrière les chiffres se trouvaient des familles, des communautés et des vies brisées.
L’épisode pose également une question historique toujours importante : jusqu’où la prudence diplomatique d’un État peut-elle aller lorsqu’une population est victime de violences massives, et quelle responsabilité revient à la communauté internationale lorsqu’elle tarde à agir?
Texte : varietestarsnewsagency
Email : varietestarsnewsagency022@gmail.com

![]()
Profil de l'auteur

Dernier articles publier
- 3 novembre 2026CultureWyclef Jean et Mary J. Blige : une rencontre sur scène qui fait revivre la magie de « 911 ».
- 2 novembre 2026ÉditorialAu-delà du Ressentiment et du Panier de Crabes: il a fallu un Cristiano Ronaldo en soleil de fierté pour élever Messi au rang de demi-dieu
- 1 novembre 2026CultureLe Vaudou, un malfaiteur, encensé comme sauveur
- 30 octobre 2026SportScandale en Chine: Mbappé au bord du désastre commercial, trois de ses sponsors le lâchent