Location de logements en Haïti : un véritable calvaire pour de nombreuses familles démunies.

Les loyers des maisons ont connu une flambée vertigineuse depuis 2021, dans un contexte marqué par la fuite massive de la population face à l’insécurité imposée par les gangs armés. Si, dans un premier temps, les loyers étaient déjà élevés mais encore payables en gourdes, depuis environ deux ans, il est presque impossible de trouver une maison à louer entre Delmas et les hauteurs de Pétion-Ville sans disposer de dollars américains. Les prix varient aujourd’hui entre 3 000 et 8 000 dollars américains.

Dans une enquête menée par Variétés Stars News Agency dans plusieurs quartiers, notamment Girardo, Dupont, Nan Rak, Bois Moquette, Malique et jusqu’à Doco, à l’intérieur de Diègue, dans la commune de Pétion-Ville, il ressort qu’il est extrêmement difficile de trouver un logement à louer, même lorsqu’il est en mauvais état. Selon plusieurs témoignages recueillis, cette situation plonge de nombreuses familles dans une pauvreté encore plus profonde.

De 2023 à 2025, les gangs Krache Dife, Taliban, 400 Mawozo, Kraze Baryè et Chen Mechan, entre autres, ont contraint plusieurs milliers de familles à fuir leurs domiciles. Ces personnes ont dû quitter le centre-ville de Port-au-Prince, le bas de Delmas et la Plaine du Cul-de-Sac pour se réfugier à Pétion-Ville et dans les zones élevées de Delmas. Cette migration interne massive a entraîné de lourdes conséquences économiques.

Aujourd’hui, toute personne souhaitant louer un logement comprenant deux chambres, une salle à manger et un salon doit débourser au minimum 2 000 dollars américains. « Il y a des agents immobiliers qui acceptent le paiement en gourdes, mais d’autres exigent exclusivement des dollars américains », a déclaré Sanon Duverger, chef de famille résidant à Diègue.
Dans certains cas, des familles nombreuses — comptant souvent plus de huit personnes — sont contraintes de se disperser, faute de pouvoir trouver un logement adapté.

Dans certains quartiers, plusieurs familles partagent un même appartement. C’est le cas à Dupont, à l’intérieur de Jirado. Chaque famille y paie des sommes considérables pour y vivre : 150 000 gourdes, 200 000 gourdes, voire jusqu’à 250 000 gourdes. Le plus choquant reste que ces familles ne disposent pas de revenus financiers stables.

Selon les témoignages recueillis, deux facteurs principaux expliquent cette hausse des loyers. Premièrement, de nombreux employés de l’État, policiers et cadres d’ONG internationales louent des maisons dans ces zones à des prix élevés, souvent en devises étrangères. Cette situation incite les propriétaires à revoir leurs tarifs à la hausse.

La deuxième raison évoquée concerne l’augmentation du coût des matériaux de construction. « Avant d’accueillir un nouveau locataire, il faut préparer la maison, effectuer des réparations et des aménagements qui coûtent très cher. Certains locataires quittent les lieux en laissant d’importants dégâts. Cela nous pousse à demander des prix plus élevés afin de pouvoir réparer et éviter des dépenses inutiles à l’avenir », a expliqué un propriétaire ayant requis l’anonymat.

Même les logements précaires, sans eau courante ni espace adéquat, nécessitent désormais des sommes importantes pour être loués. Cette pratique est devenue courante, selon le témoignage d’une femme ayant vécu dans un abri provisoire à Bourdon.

Certaines familles bénéficient du soutien de proches vivant à l’étranger pour payer leur loyer, tandis que d’autres, restées dans le pays, se débattent pour réunir les montants exigés. « Quand un propriétaire vous demande 5 000 dollars américains pour un an de loyer, cela vous place dans une situation extrêmement difficile pour négocier », a confié Nicolas, visiblement frustré après avoir été chassé de sa maison par des criminels armés.

La question du logement en Haïti est devenue totalement chaotique, en raison de l’absence de gestion étatique. Chacun agit à sa guise. Il n’existe aucune fixation officielle des loyers ni de réglementation adéquate. Soit vous acceptez les conditions imposées, soit vous refusez, mais il faut avancer et se débrouiller avec sa famille. L’État haïtien n’exerce aucun contrôle. Pire encore, certains agents de l’État louent même des maisons à l’État à des prix injustifiés.

Plusieurs familles interrogées affirment travailler uniquement pour payer leur loyer. Elles ne peuvent ni épargner ni subvenir correctement aux autres besoins essentiels de leurs proches. D’un quartier à un autre, la situation demeure la même. Face à cette réalité, de nombreux chefs de famille se résignent. Cette situation ne semble pas prête de s’améliorer, l’État haïtien ayant perdu le contrôle de la situation nationale.

Texte : Variétés Stars News Agency

C.P. : V.S

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