Haïti éducation: le défit généralisé des parents pour la réouverture des classes

Prétextant un manque de préparation, le Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle a décidé de reculer la rentrée scolaire pour l’année académique 2024-2025 au 2 octobre. Dans la foulée, de nombreuses mesures ont été annoncées par les titulaires du MENFP pour non seulement assister les parents jugés en situation difficile mais aussi de voler au secours des écoles publiques.

À quelques jours de cette réouverture, la rédaction de « Variétés Stars News Agency a rencontré certains parents sur l’un des site des déplacés, « le lycée Marie-Jeanne ». Leurs témoignages sont les uns plus poignants que les autres.

Non loin d’une eau stagnante, dégageant une odeur nauséabonde s’assoit Rose-Marie. Mère de 3 enfants dont l’un de a 6 ans, elle ne sait pas à quel saint se vouer. Elle n’est pas de bonne humeur, les vicissitudes de la vie l’emportent tellement que cela apparaissent sur son visage percé par un soleil de plomb sur la cour du lycée.

Son mari est mort assassiné dans les attaques à répétition des bandits de « Grand Ravine » qui poussaient tous les résidents de Carrefour Feuilles de leurs maisons, la tienne est partie en flamme, actions des Malfrats. Larguée toute seule sur le site avec ses trois enfants, cette année encore, il n’y aura pas de rentrée scolaire pour elle, selon ses dires: « Le père de mes enfants a été éliminé par des bandits, depuis tantôt deux ans, mes enfants ne peuvent pas fréquenter l’école par manque de moyen économique. Je n’ai personne sur qui compter maintenant. A peine si je peux leur donner de quoi manger; c’est grâce aux bons samaritains que nous survivons ici, au lycée Marie-Jeanne dans cette condition inhumaine ». La trentennaire nous explique, comme plusieurs autres personnes que c’est grâce aux ONG qu’ils trouvent quelques matériels pour pouvoir sauver les nuits dans le site où elle survie avec ses enfants depuis plus d’un an.

Cette misère abjecte est loin d’être résolu, nous confie Joseph, père de famille, privé de tout, car les bandits lui a tout enlevé. « Leta fè tout sa’l kapab pou’l fini avèk nou. Kounye a lekòl fini pou pitit nou », lâche cette homme tout désespéré. C’est une réalité et pas des moindres. Sur les camps comme ailleurs, les parents se plaignent de cette année scolaire une fois de plus car le coût de la vie, l’absence d’emploi mélangés avec l’insécurité mettent tout le monde KO.

Dans une salle du lycée, nous croisons une mère assise la main dans la mâchoire. Derrière elle, un mur peint en noir avec le sang des punaises, pouvons-nous constater. et c’est partout pareil dans le site car tout le monde s’en plaint.

Elle ne veut pas parler car selon elle, c’est une perte de temps. La seule chose qu’elle a pu déclaré est : « pito m te mouri ». La déception et le désespoir sont visibles sur son visage. Elle ne peut rien faire pour ses enfants.

Ils sont nombreux à se plaindre pour une nouvelle fois car la rentrée scolaire en Haïti était toujours loin d’être un atout majeur pour les autorités. Les parents sont sur le qui-vive cependant, des millions et des milliards de gourdes sont entrain d’être gaspiller dans les ministères et les directions générales.

La précarité des parents, tout le pays est à genoux sous l’emprise des gangs armés qui bloquent surtout la circulation. Certaines écoles sont contrôlées par les gangsters ou abritent des milliers de personnes qui fuient les zones controllées par les « bandi a sapat ».

Les promesses infondées du MENFP

Lors de sa visite au Collège Canado en juillet 2024, le ministre de l’éducation nationale, Antoine Augustin accompagné du chef du gouvernement Garry Conille, a fait des promesses splendides. On dirait que cette année académique allait être la meilleure.

D’abord, le ministre avait chanté un appui qui sera fourni à 280 000 parents d’élèves des écoles publiques, avec une somme allant de quinze mille à vingt mille gourdes pour les soutenir dans les préparatifs de la rentrée scolaire. Pou ce projet, nommé « Cash transfert», 5 milliards de gourdes sont disposés et sera réalisé en partenariat avec les compagnies téléphoniques.

Puis, le ministère souhaite poursuivre et renforcer l’initiative de distribution de manuels scolaires aux élèves de la première à la quatrième année fondamentale.

En plus, des kits scolaires, incluant des uniformes et des bancs, seront également distribués. « Environ dix mille bancs sont déjà prêts à être distribués, et d’autres suivront », a précisé le ministre.

Ce n’est pas tout. Le ministère travaille également à renforcer le programme de cantines scolaires. « Si l’enfant ne mange pas, il ne peut pas apprendre », a déclaré M. Antoine, en précisant que les repas doivent être préparés avec les produits des agriculteurs et paysans haïtiens, ce qui contribuera à soutenir la production nationale. Et il parlait d’un ton ferme alors qu’à quelques jours de la rentrée ces monts et merveilles promus restent encore dans les discours.

L’insécurité plane, le coût de la vie ne fait qu’augmenter, les parents sont aux abois alors que les écoles privées et même des écoles publiques exigent des prix exorbitant sous les regards d’un État passif.

Y aura-t-il une école pour tous en Haïti comme le prône souvent les autorités étatiques? Un dossier à suivre.

Texte : Laurore Michel

Email : michelaurore90@gmail.com

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